À l'occasion de la Journée internationale pour l'avortement sécurisé, la Société des Gynécologues et Obstétriciens du Cameroun (SOGOC) a lancé un plaidoyer solennel. À travers un communiqué officiel rendu public ce 28 septembre 2026, l'organisation médicale tire la sonnette d'alarme sur le drame invisible de milliers de femmes et de jeunes filles qui souffrent en silence à travers le pays, faute d'un accès adéquat aux soins de santé de la reproduction.

Par ce communiqué, la SOGOC poursuit ses actions de sensibilisation afin de mettre en lumière les multiples décès évitables causés chaque année par les avortements clandestins.

Un cadre légal existant mais méconnu

Le point central du message de la SOGOC rappelle une réalité juridique souvent ignorée : la législation camerounaise intègre déjà une part de compassion et de protection. L'article 339 du Code pénal autorise explicitement l'interruption de grossesse lorsque celle-ci met la vie de la mère en grave danger, ou lorsqu'elle est la conséquence d'un viol. Pour les professionnels de la santé, toute femme se trouvant dans ces situations extrêmes devrait pouvoir franchir les portes d'une formation sanitaire et être accompagnée, avec dignité, selon les procédures prévues par la loi.

Cependant, en dehors de ces deux exceptions strictes, l'avortement reste sévèrement réprimé. L'article 337 prévoit des peines allant de 15 jours à un an d'emprisonnement, assorties d'amendes, pour la femme qui pratique ou consent à son propre avortement, et d’un à cinq ans de prison pour l'auteur de l'acte.

25 % de la mortalité maternelle : Le lourd tribut de la clandestinité

Les restrictions et le climat de peur qui entourent cette question ont un coût humain dramatique. Selon les données scientifiques du Pan African Medical Journal (2019), les avortements non sécurisés représentent à eux seuls 25 % des décès maternels au Cameroun.

Derrière ce pourcentage froid se cachent des tragédies humaines quotidiennes : des mères, des filles et des sœurs qui perdent la vie à la suite d'hémorragies massives ou d'infections graves. Pour celles qui survivent à ces pratiques clandestines, le prix à payer reste extrêmement lourd, combinant l'infertilité, les traumatismes, la stigmatisation sociale et la peur constante des poursuites judiciaires.

Le piège du vide juridique

Bien que l'avortement sécurisé soit une composante essentielle des Droits à la Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR), le Cameroun souffre toujours de l'absence d'un cadre légal global et dédié à cette question. Ce vide textuel installe les professionnels de santé dans l'incertitude et prive les femmes de parcours de soins clairs, y compris pour les urgences que la loi autorise pourtant déjà.

Face à cette situation, la SOGOC appelle de ses vœux la promulgation d'une loi complète sur les Droits à la Santé Sexuelle et Reproductive. Elle invite les décideurs politiques à clarifier les procédures pour lever les barrières d'accès aux soins, et exhorte les soignants à administrer les services légaux avec empathie, professionnalisme et sans aucune discrimination, rappelant qu'aucune femme ne devrait mourir par manque de soins sûrs et légaux.

A propos e la SOGOC

La SOGOC est une organisation scientifique, apolitique et à but non lucratif qui rassemble l’élite de la gynécologie-obstétrique du pays. Elle fédère environ 300 membres actifs, comprenant des praticiens hospitaliers, des universitaires ainsi que des internes en cours de spécialisation, répartis sur l’ensemble des dix régions du territoire camerounais.
Pour concrétiser sa vision — celle d’une Afrique où aucune femme ne meurt en donnant la vie et où les soins de reproduction sont accessibles à tous —, la SOGOC articule ses actions autour de trois axes majeurs :l’amélioration continue des soins; la recherche et l'élaboration des politiques et la sensibilisation communautaire.
La SOGOC se distingue particulièrement sur la scène nationale et internationale — en partenariat avec la Fédération Internationale de Gynécologie et d'Obstétrique (FIGO) — par son audace sur des sujets de santé publique souvent considérés comme tabous.

Par Elise Kenimbeni

 

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *