Elles étaient toutes réunies le jeudi 23 avril 2026 à Yaoundé au cours d’un atelier de concertation.

Dans le but de faire avancer les échanges et les différentes actions de plaidoyer sur les dispositions phares garantissant aux femmes le droit à la santé au Cameroun, un atelier de concertation sur la révision du code pénal en vue de la domestication de l’Article 14 du Protocole de Maputo, a été organisé le jeudi, 23 avril 2026.
Cet atelier qui s’est tenu à Yaoundé, capitale du Cameroun, a été organisé par la Cameroon National Association for Family Welfare (CAMNAFAW) et la Société Camerounaise de Gynécologie et Obstétrique (SOGOC).
Un espace de dialogue pour des échanges concrets
C’est une trentaine de participants issus des ministères sectoriels notamment du ministère de la justice, des parlementaires et experts en santé de la reproduction et droits sexuels et de la société civile, qui ont été conviés à cet atelier d’une journée organisé par la CAMNAFAW et la SOGOC.
Prenant la parole pour ouvrir les échanges de cet atelier, le président du conseil d’administration de la CAMNAFAW, Monsieur Komba Gaston, a d’entrée de jeu appelé à un espace de dialogue entre les différents participants afin de franchir un nouveau palier dans les discussions liées à l’article 14 du Protocole de Maputo.

« La rencontre de ce jour fait suite à la dynamique née de la séance plénière spéciale du 27 mars 2025 à l’Assemblée nationale consacrée à la domestication de l’article 14 du protocole de Maputo et aux recommandations qui en ont été déclinées. Cette étape antérieure a permis de poser les bases du débat. L’atelier d’aujourd’hui devrait nous permettre de franchir un nouveau palier, passer d’une volonté exprimée et consignée dans le document cadre du débat à des pistes consolidées de l’intention à la structuration du plaidoyer aux propositions », a indiqué le président du conseil d’administration de la CAMNAFAW, Gaston Komba.
Dans son propos liminaire, Monsieur Komba a aussi relevé le fait que la CAMNAFAW et la SOGOC, partenaires dans le cadre de cette activité de plaidoyer, continuent à se mouvoir pour des résultats concrets.
Il dit : « La motivation de la CAMNAFAW est claire et constante. Lorsqu’on parle du bien-être familial, de dignité humaine, de santé reproductive et de justice sociale, on ne peut se satisfaire de la généralité. Il faut créer des passerelles entre les réalités vécues sur le terrain, la protection des droits, la santé des femmes et des filles et l’ancrage du cadre juridique sur ce vécu. La CAMNAFAW est mobilisée parce qu’elle refuse que les enjeux les plus sensibles restent enfermés dans le silence, l’incompréhension ou l’inaction. Elle est engagée parce qu’elle croit à l’efficacité d’un dialogue institutionnel responsable, à une consultation inclusive et féconde et à un plaidoyer qui brise les barrières et débouche sur des résultats concrets. Cet engagement est d’ailleurs visible à travers le suivi des recommandations, l’organisation de cet atelier et la mise à disposition de la démo issue du terrain, mais surtout à travers la présence de la task force des parlementaires et de l’ensemble des magistrats, des responsables des ministères sectoriels ainsi que des organisations de la société civile. La motivation de la SOGOC est tout aussi essentielle. Sur ces questions, la parole médicale et scientifique ne serait que périphérique, elle doit être centrale. La SOGOC apporte l’expertise clinique, l’expérience des praticiens et le regard de celles et ceux qui écoutent et voient dans l’institut de santé les conséquences très concrètes des situations de vulnérabilité, y compris les cas liés au viol et à l’inceste. Un autre thème, dans une synergie d’aspects, la CAMNAFAW porte la mobilisation sociale, institutionnelle et programmatique. »

En guise de conclusion, le président du conseil d’administration de la CAMNAFAW a souligné : « Ce dont nous avons besoin, c’est d’un front de responsabilité, d’un esprit de coopération et d’une capacité collective à transformer l’émotion et l’expertise en décisions et les décisions en avancées concrètes pour le bien-être de la population. Aussi, j’invite les institutions publiques à continuer d’ouvrir l’espace du dialogue et de l’accompagnement. J’invite les parlementaires et les magistrats à maintenir ce pont indispensable entre la norme, son interprétation et sa mise en œuvre. J’invite les professeurs de santé à continuer d’apporter la vérité du terrain, à l’apporter, ainsi que la régulation scientifique. J’invite les partenaires techniques et financiers à rester pleinement engagés. J’invite enfin chacun d’entre nous à mobiliser ensemble les ressources nécessaires pour la suite des activités. »
Au cours d’une interview avec les médias, Pr. Esiben Felix, gynécologue-obstétricien qui mène des travaux dans le cadre de ces actions de plaidoyer, a mis en exergue le fait que les décideurs devraient davantage se pencher sur la question de l’avortement non médicalisé qui est en partie la cause des décès maternels dans notre pays.

Pr. Esiben dit : « La problématique de l’avortement dans notre environnement est essentiellement liée au fait que l’avortement contribue pour pratiquement 20 à 30% des décès maternels dans notre pays. Et il faut d’emblée reconnaître que l’avortement peut être spontané ou peut être provoqué. On appelle vraiment l’avortement criminel. C’est cet avortement qui est la source principale des décès chez les femmes. En milieu hospitalier, ce que nous observons, c’est que ce sont des femmes qui ont des grossesses non désirées qui vont se présenter à nous, souvent dans des situations compliquées, et qui aboutissent souvent lorsque nous n’arrivons pas à prendre en charge à des lycées. Le fait des avortements non sécurisés est souvent lié à notre loi, qui est une loi restrictive par rapport aux conditions qui peuvent nous amener, nous, en milieu hospitalier, à fournir des soins d’avortement dans le respect de la loi. Comme cette loi est souvent mal connue, comme elle est souvent difficile à appliquer à notre niveau, les patients ont recours à des personnes qui ne sont pas formées, dans des environnements qui ne sont pas sécurisés et on aboutit souvent à des trames. »
Pr. Esiben ajoute que : « La domestication du protocole du Maputo aura pour avantage qu’elle va mieux préciser les conditions où on pourra, en toute quiétude, nous, personnels de santé, produire des soins sécurisés dans notre environnement. Notre loi n’interdit pas, elle est récidive, mais elle ne décrit pas toutes les situations par rapport au protocole de Maputo qui peut nous amener à fournir ces soins en toute sécurité. »
Il a tenu à mentionner le fait qu’il est important de soutenir la révision du code pénal ou de la loi sur l’avortement ; d’adopter une loi-cadre sur la santé de la reproduction et d’allouer des budgets nécessaires pour la santé maternelle.
Le rôle clé de la société civile
Rita Yenjong, la responsable du projet dénommé : Plaidoyer pour l’Avortement Sécurisé (PAS) au sein de la SOGOC, s’est appesantie sur le rôle clé que joue la société civile dans le cadre de ces discussions.

Elle a insisté sur le fait que la collaboration avec les différentes parties prenantes est au cœur des avancées qui sont notoires à ce jour.
Selon Madame Yenjong, la SOGOC continue de travailler avec tous les acteurs majeurs pour que les décideurs mettent en place une loi pour l’avortement médicalisé.
Elle confie aux médias: « Depuis 2019, nous travaillons au sein du projet PAS, en collaboration avec d’autres organisations de la société civile, et nous faisons un plaidoyer sur la domestication du Protocole de Maputo. Aujourd’hui, nous voyons que nous avons évolué, nous sommes arrivés à la prochaine phase de notre activisme. Dans cette phase, nous avons réalisé qu’il y a une nécessité de collaboration, il y a une nécessité de partenariat, donc nous ne le faisons pas seuls. Aujourd’hui, nous travaillons avec la CAMNAFAW, nous travaillons avec le ministère de la justice, nous travaillons avec le ministère de la santé publique, les parlementaires. Nous avons réalisé que c’est important pour nous de réduire la duplication des efforts, et c’est important que quand nous nous réunissons, nos voix soient amplifiées, et le processus soit plus rapide. Et aujourd’hui, c’est exactement ce que nous faisons. Nous collaborons pour voir comment nous pouvons davantage pousser ces actions avec le ministère de la justice, pour s’assurer que la domestication du protocole de Maputo avance rapidement, et que les recommandations qui ont été faites l’année dernière puissent aussi être implémentées le plus rapidement possible. »
Comprendre l’Article 14 du Protocole de Maputo
Le Protocole de Maputo est un instrument juridique de l’Union africaine, adopté le 11 juillet 2003 et qui est entré en vigueur en 2005. Cet instrument juridique garantit tout simplement des droits complets aux femmes en Afrique. Il consacre le droit de contrôler leur fécondité, de choisir les méthodes de contraception et d’accéder à l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie/santé de la mère.
Tel que le souligne l’Article 14 du Protocole de Maputo qui attrait à la santé et aux droits reproductifs, il y a des points clés qui sont : le contrôle de la fécondité ; l’accès à l’avortement ; la santé sexuelle et les obligations des États comme c’est le cas au Cameroun.
Faut-il le rappeler, une série de recommandations a été prise au cours de la séance plénière du 27 mars 2025 à l’assemblée nationale du Cameroun. Il avait été décidé que sur le plan du renforcement du cadre législatif et règlementaire, l’élaboration d’une loi spécifique pour opérationnaliser l’implémentation de l’article 14 du Protocole de Maputo ; de l’élaboration d’une loi sur les violences conjugales ; réviser le code pénal afin d’y inclure des dispositions claires et efficaces sur l’accès a l’avortement médicalisé pour les victimes de viol, d’inceste ou lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère et de l’enfant ; et en autres aussi, de mettre un accent sur la lutte contre les violences faites aux femmes, le VIH/Sida et les infections sexuellement transmissibles.
Elise Kenimbeni
