Le projet porté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Bureau National de l’état-civil (BUNEC), promet de révolutionner l’accès aux droits fondamentaux des milliers de camerounais de cette région.

La cérémonie officielle de remise des équipements destinés à la digitalisation des services d’Etat-civil, ainsi qu’à la signature des protocoles d’accords entre le Programme des Nations Unies pour le Développement, le Bureau national de l’état-civil, et les Collectivités territoriales décentralisées a eu lieu vendredi, 05 juin 2026 à Bertoua.

Dans son discours, le Maire de la ville, Jean Marie Dimbélé Sodea, n’a pas mâché ses mots sur l’urgence de la situation. Il a rappelé à l’assistance que l’acte de naissance constitue bien plus qu’un simple feuillet. « Il est la clé de voûte qui donne accès aux droits les plus fondamentaux. L’éducation, les soins de santé, le droit de vote et l’emploi ». Pendant des décennies, l’enregistrement des naissances dans cette région du Cameroun a souffert des lourdeurs administratives chroniques. Dossiers égarés, archives perdues, délais interminables. Face à ce constat, Jean Marie Dimbélé Sodea a insisté sur l’impératif de modernisation. « Moderniser l’état-civil au Cameroun n’est plus une option. C’est une urgence pour le développement de notre pays », a-t-il martelé.

Grâce à l’appui technique et financier du PNUD et du BUNEC, la Communauté urbaine de Bertoua et les Communes d’arrondissements de Bertoua 1er, Bertoua 2ème, Batouri, Bétaré-Oya, Abong-Mbang et Garoua-Boulaï, passent désormais à une gestion informatisée.

Occasion pour le Maire de la ville de Bertoua de saluer la vision du chef de l’État, Paul Biya, pour cette « identité légale, sécurisée, fiable et accessible ».

Toutefois, Jean Marie Dimbélé Sodea a émis une mise en garde solennelle. Conscient des défis énergétiques locaux, il a prévenu que le succès de cette révolution numérique dépendra de la stabilité du réseau électrique. « Les coupures intempestives représentent une menace réelle pour les serveurs », a-t-il dénoncé, en annonçant qu’à partir de 2027, sa municipalité investirait dans des solutions alternatives comme l’énergie solaire pour sécuriser ses infrastructures.

Des chiffres alarmants

 Le Directeur général du BUNEC, Marie Alexandre Yomo, a appuyé cette prise de parole par des statistiques édifiantes. Si l’identité légale est une question de droits humains, son absence est un drame quotidien. « Au Cameroun, près de 30% des enfants de moins de 5 ans ne sont pas enregistrés à la naissance », a-t-il révélé. Plus inquiétant encore, pour l’année scolaire 2024-2025, plus de 1,4 million d’élèves ont été répertoriés sans acte de naissance. Rien que dans la région de l’Est, les départements de la Kadey, du Lom-et-Djèrem et du Haut-Nyong comptent plus de 46 000 enfants scolarisés mais inexistants aux yeux de l’administration.

Monsieur Yomo a expliqué ce sous-enregistrement par un faisceau de causes. L’éloignement des centres d’état civil, la vacance des postes d’officiers d’état civil, mais aussi des freins culturels. « Dans certaines communautés, l’enregistrement relève du pouvoir des hommes, et les épouses ne peuvent pas déclarer l’enfant seules. Parfois, le retard vient du temps mis pour attribuer un nom », a-t-il déploré. Ce projet qui cible actuellemment six Communes dans la région de l’Est Cameroun, s’inscrit dans une dynamique nationale alignée sur l’Objectif de Développement Durable (ODD) 16 qui vise à garantir une identité juridique pour tous d’ici 2030.

Transparence et efficacité

 Le Gouverneur de la région de l’Est, Grégoire Mvongo, a quant à lui salué l’investissement stratégique que représente ce matériel informatique. Il a listé les cinq défis majeurs à relever. Amélioration de la qualité des services, réduction des délais de délivrance des actes, sécurisation des données, meilleure production des statistiques démographiques, et rapprochement de l’administration des citoyens. « Ces équipements ne sont pas qu’un simple matériel. Ils sont la promesse d’une administration plus transparente et plus efficace », a martelé le Gouverneur de l’Est, en invitant les Maires des Communes bénéficiaires à assurer la maintenance et la sécurité des systèmes. Pour sa part, le Représentant résident du PNUD au Cameroun, Mathieu Ciowela, a placé cette cérémonie sous le signe de la « révolution sociale ».

Il a rappelé les succès des phases pilotes menées dans l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, où la digitalisation a déjà transformé la vie des citoyens. « Aujourd’hui, nous ne faisons pas que remettre des ordinateurs. Nous posons les bases d’un système d’état civil inclusif et sécurisé. Protéger l’identité légale, c’est protéger la dignité humaine », a souligné M. Ciowela, avant que les différents protocoles d’accord ne soient signés, scellant l’engagement des partenaires pour un avenir où, à Bertoua comme à Batouri, plus aucun enfant ne naîtra « invisible » aux yeux de la loi.

Par Cathy Augustine Mveyo

 

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