Le Ministre Délégué auprès du Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Jean de Dieu Momo, a présidé le 24 avril 2026 à Yaoundé la cérémonie de clôture de la consultation régionale sur la justice transitionnelle en Afrique Centrale.

Organisée sur deux jours, cette rencontre visait à renforcer les capacités locales et nationales, tout en élaborant un plan d’action régional aligné sur les orientations de l’Union Africaine.
L’événement a réuni des participants issus de sept pays de la sous-région, ainsi que plusieurs partenaires internationaux, parmi lesquels la Commission de l’Union Africaine, la CEEAC, l’Organisation internationale de la Francophonie, l’UNOCA et l’Institut francophone pour la justice et la démocratie. La cérémonie s’est tenue en présence de Nouhoum Sangaré, Directeur du Centre des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique centrale.

Dans son allocution, le Ministre, Jean de Dieu Momo, a salué la qualité des échanges et insisté sur l’importance de la paix durable. Il a appelé les communautés affectées par les conflits à déposer les armes et à reconstruire le tissu social, en droite ligne des objectifs de la justice transitionnelle.
Le Ministre a également évoqué plusieurs expériences africaines inspirantes, notamment les juridictions, Gacaca, la Commission vérité et réconciliation d’Afrique du Sud et les mécanismes traditionnels en République centrafricaine. Il a plaidé en faveur d’approches endogènes intégrant les chefs traditionnels, les patriarches et les communautés, afin de favoriser une réconciliation durable.
Les quatre piliers de la justice transitionnelle rappelés
Prenant la parole, Nouhoum Sangaré a souligné l’importance de cette rencontre, qu’il a qualifiée de « quatrième rendez-vous majeur de Yaoundé depuis 2006 ». Selon lui, la consultation a permis de partager des expériences, bonnes pratiques et défis.

Il a rappelé les quatre piliers fondamentaux de la justice transitionnelle : le droit à la justice, le droit à la vérité, le droit aux réparations et les garanties de non-répétition. Il a également insisté sur la nécessité d’adapter les mécanismes internationaux aux réalités culturelles locales, tout en excluant les pratiques contraires aux droits humains.
Des avancées notables dans plusieurs pays
Les travaux ont permis de dresser un état des lieux des mécanismes en cours dans la sous-région. Au Tchad, une stratégie nationale de réconciliation et de consolidation de la paix a été adoptée, accompagnée d’un projet de loi portant création d’une commission vérité, pardon, réparation et réconciliation.
Au Burundi, une Commission de vérité et de réconciliation est en place depuis 2014. En République démocratique du Congo, une politique nationale de justice transitionnelle a été adoptée en mai 2025, avec la création de la FONAREV et de la CIAVAR, ainsi que la mise en œuvre de réparations précoces.
En République Centrafricaine, la Cour pénale spéciale est opérationnelle depuis 2017, complétée par une Commission vérité, justice, réparation et réconciliation créée en 2020. Des indemnisations ont également été versées aux victimes dans l’affaire Jean-Pierre Bemba.

Au Cameroun, les initiatives incluent le Grand Dialogue National de 2019, la mise en place d’un statut spécial pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la désignation d’un médiateur, ainsi qu’un programme présidentiel de reconstruction et des mesures de clémence pénale.
Des défis persistants à surmonter
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles majeurs ont été identifiés. Parmi eux figurent le manque de financement autonome des commissions vérité, les risques d’ingérence politique, les attentes élevées des victimes et l’insuffisance des capacités techniques.
Les participants ont également relevé la persistance des violences, le non-respect de certains accords de paix, les difficultés d’adaptation des principes de l’Union africaine aux contextes nationaux, ainsi que l’existence de pratiques traditionnelles incompatibles avec les droits humains.
Des recommandations pour une action durable
Pour renforcer l’efficacité des mécanismes de justice transitionnelle, plusieurs recommandations ont été formulées. Il s’agit notamment de mettre en place des fonds nationaux de réparation garantis par les États, d’élaborer un cadre régional adapté à l’Afrique centrale, avec un accent particulier sur la région des Grands Lacs, et de renforcer l’appropriation nationale des processus.
Les experts recommandent également de garantir l’indépendance des commissions vérité par leur inscription dans les lois de finances, d’articuler réparations individuelles et transformations structurelles, et de renforcer les capacités des acteurs étatiques et non étatiques.
Cette consultation de Yaoundé apparaît ainsi comme une étape clé vers une approche plus coordonnée, inclusive et efficace de la justice transitionnelle en Afrique centrale.
Myriane Djamegne
