Le Cameroun a célébré ce 16 juin 2026 la Journée de l’Enfant africain à l’hôtel Mont-Fébé de Yaoundé. Placée sous la présidence de James Mouangue Kobila, cette édition 2026 a été marquée par un plaidoyer en faveur de l’accès universel à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement, ainsi qu’un appel à renforcer la protection des droits de l’enfant face à la montée des violences qui les affectent.

Dans son allocution d’ouverture, le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun a rappelé que la Journée de l’Enfant africain est avant tout un devoir de mémoire en hommage aux enfants de Soulèvement de Soweto, qui ont sacrifié leur vie pour défendre leur dignité et leur droit à une éducation équitable.
« La journée de l’enfant africain n’est pas une simple commémoration. Elle est un devoir de mémoire et un appel à l’action », a-t-il déclaré devant les autorités administratives, les partenaires techniques et financiers, les organisations de la société civile et de nombreux enfants venus prendre part à l’événement.
L’eau, l’hygiène et l’assainissement au cœur des préoccupations
Cette année, l’accent a été mis sur l’accès des enfants à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement. Selon le président de la Commission, les efforts engagés par les pouvoirs publics et leurs partenaires dans ces domaines méritent d’être reconnus.
« Les actions constantes et soutenues visant à garantir l’accès de tous à l’eau, aux services d’hygiène et d’assainissement sont saluées dans la déclaration de la Commission des droits de l’homme du Cameroun », a-t-il indiqué.
Il a toutefois souligné que les défis demeurent importants et nécessitent une mobilisation accrue de tous les acteurs. Pour lui, garantir l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement constitue une exigence de justice sociale et un levier essentiel pour la réalisation des droits de l’enfant.
Donner la parole aux enfants
Moment fort de la célébration, une tribune a été réservée aux enfants afin qu’ils puissent exprimer librement leurs préoccupations.
Selon le Pr Mouangue Kobila, les enfants ne sont pas venus réciter des textes préparés mais partager leurs expériences quotidiennes liées à la pénurie d’eau, aux difficultés d’accès aux infrastructures sanitaires et aux conséquences de ces manquements sur leur bien-être et leur avenir.
« Ils nous diront les réalités de la soif, la honte du manque d’hygiène et les barrières que cela impose à leurs rêves », a-t-il affirmé.
Cette démarche s’inscrit dans une logique de participation citoyenne des enfants, conformément aux principes promus par les institutions nationales de défense des droits humains.

Un partenariat africain pour renforcer la participation des enfants
Le président de la Commission a également évoqué la signature, le 17 avril 2026 à Maseru, au Lesotho, d’un accord-cadre entre la présidente du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant et lui-même, en sa qualité de président du Réseau des institutions nationales africaines des droits de l’homme.
Cet accord vise à promouvoir davantage la participation des enfants aux processus décisionnels et à renforcer les mécanismes de redevabilité accessibles aux jeunes sur le continent.
Une recrudescence inquiétante des violations des droits de l’enfant

Au-delà des avancées enregistrées, le président de la Commission a dressé un tableau préoccupant de la situation des droits de l’enfant au Cameroun.
Il a dénoncé la multiplication des violences, des maltraitances, des abus sexuels, du trafic d’enfants ainsi que des atteintes au droit à l’éducation.
« Notre conscience républicaine est aujourd’hui profondément heurtée par la recrudescence alarmante des violations barbares des droits des enfants », a-t-il déclaré.
Les statistiques présentées à cette occasion témoignent de l’ampleur du phénomène. La Commission des droits de l’homme du Cameroun a recensé 59 cas documentés de manquements parentaux, de maltraitances physiques, de violences sexuelles, de trafic ou d’exploitation d’enfants en 2021. Ce chiffre est passé à 151 cas en 2024, soit une augmentation significative en l’espace de trois ans .

Le soutien du système des Nations Unies
Prenant la parole au nom du système des Nations Unies, le représentant résident a réaffirmé l’engagement des agences onusiennes à accompagner le Cameroun dans la promotion des droits de l’enfant.
Les Nations Unies soutiennent notamment l’extension des services d’eau, d’hygiène et d’assainissement dans les écoles et les communautés, particulièrement dans les zones vulnérables et touchées par les crises.
L’organisation appuie également des programmes de prévention des maladies liées à l’eau, le développement d’infrastructures durables dans les zones rurales ainsi que la création d’environnements scolaires sûrs et inclusifs favorisant le maintien des enfants, notamment des filles, à l’école.
Le représentant a par ailleurs insisté sur l’importance d’une approche fondée sur les droits humains, la non-discrimination, l’inclusion des personnes en situation de handicap et l’égalité entre les filles et les garçons.
Un appel à la responsabilité collective
En clôturant son intervention, le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun a rappelé que la protection de l’enfance ne relève pas uniquement de la responsabilité de l’État.
« Bâtir un Cameroun digne de ces enfants n’est pas la responsabilité exclusive de l’État. C’est notre épreuve collective », a-t-il souligné.
Pour lui, chaque enfant privé d’eau potable, chaque école dépourvue d’infrastructures d’assainissement ou chaque violence subie dans le silence constitue une défaillance collective.
Réaffirmant l’engagement de la Commission à poursuivre son action aux côtés des pouvoirs publics, de la société civile et des partenaires internationaux, il a invité l’ensemble des Camerounais à rejoindre le consensus national, africain et universel en faveur de la réalisation effective des droits de l’enfant.
La célébration s’est achevée par des activités éducatives et récréatives, rappelant que le jeu, l’épanouissement et la participation demeurent des droits fondamentaux et inaliénables pour tous les enfants.
Myriane Djamegne
